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- Le programme de la semaine du 02/12/2019 -

L’improbable, source de liberté et de nouveautés

Pollutions au sommet. Échantillonner l’azote en milieu alpin

Pour aller plus loin

Site internet scientifique d’Ilann Bourgeois


© DR

“La France, puissance polaire”

Épitaphe, de Gérard de Nerval

Philosophie des sciences : Causalité et Hasard

Introduction

"En étudiant les rapports entre nature et artifice, nous avons vu apparaître deux usages de la notion de causalité : 1) l’une touche l’action de l’homme sur la nature (artifice) ; 2) l’autre, les relations entre les choses (nature).



Approche causale de la singularité


Cette distinction se double d’une interrogation : 1) les relations causales atteignent-elles la singularité des événements ? 2) Ou mettent-elles seulement en évidence des rapports généraux entre les choses ? La question est cruciale : en effet, remarque Leibniz, il n’y a pas deux êtres identiques : même les feuilles des arbres diffèrent. Dans ces conditions, il faut savoir si la causalité reconstitue les processus singuliers ou si elle ne porte que sur des faits généraux. Dans le premier cas, on risque de pouvoir tout au plus hasarder la description d’événements non-répétables. Dans le second, une science des relations causales est possible, mais elle manquera la singularité des choses.

Or, dit Aristote, « il n’y a de science que du général ». Dès lors, on est placé devant l’alternative suivante : 1) ou bien les événements sont irréductiblement singuliers : dans ce cas, il n’y en a pas de science ; 2) ou bien ils ont assez de traits communs pour qu’on les regroupe en familles, et une approche causale de la réalité pourra devenir scientifique.

Seule l’expérience nous apprend si, dans un ordre de réalités, on peut former des familles de faits ou non. C’est par l’histoire des sciences que nous…

Anticipation et prédiction : une extraordinaire faculté du cerveau humain

Avec l’anticipation et la prédiction, le cerveau humain a la formidable faculté de nous faire projeter dans l’avenir. Le neurophysiologiste Alain Berthoz, nous décrypte les mécanismes psychologiques et neurologiques mis en œuvre dans ce voyage mental qui vient de faire l’objet d’un ouvrage collectif (Anticipation et prédiction, Du geste au voyage mental, Éditions Odile Jacob, avril 2015) dont il a piloté la réalisation avec le philosophe des sciences Claude Debru, également membre de l’Académie des sciences. Car les recherches sur le cerveau mènent inévitablement à des questionnements philosophiques sur la nature humaine.

Qu’est-ce que l’humain ?

Les mondes nouveaux de la biologie par François Gros

Dans Les mondes nouveaux de la biologie, François Gros dresse une cartographie historique des avancées en matière de biologie. « Il s’agit de montrer comment une meilleure compréhension du vivant peut permettre de mieux cibler les applications concrètes dans le domaine de la santé ».
Depuis le tout début du XIXe siècle, époque à laquelle le terme de « biologie » est apparu, les évolutions ont été nombreuses et les spécialisations de plus en plus fines, au point que « les techniques physiques chimiques mathématiques, informatiques sont en train de s’emparer de la biologie » nous explique l’auteur.

François Gros a fait le choix dans son livre de s’intéresser plus particulièrement à deux aspects de la biologie moléculaire : la biologie synthétique et les ARN régulateurs.

La biologie synthétique n’est rien d’autre que « la conjonction entre la chimie de synthèse et la connaissance de la cellule avec l’intention d’essayer de modifier par synthèse chimique des constituants majeurs de la cellule ».
En d’autres termes, il s’agit de substituer des gènes ou des génomes par des produits conçus en laboratoire et dans lesquels on introduit volontairement des modifications. A terme, on obtient de nouveaux produits d’intérêts biotechnologiques « pour l’agriculture, pour la lutte contre la pollution ou la fabrication de nouveaux agents pharmacologiques » rappelle le biologiste. Ont ainsi été synthétisés le virus de la poliomyélite, mais aussi des génomes de bactéries.
Une fois synthétisés, la seconde étape consiste à remplacer le génome naturel par le génome « artificiel ».…

Cournot, philosophe mathématicien : réflexions sur la réalité, le hasard et le nouveau statut de l'humanité

Comme l’auteur du Timée, Cournot juge que les mathématiques nous aident à pénétrer les processus naturels et que ce succès s’obtient par une marche séculaire des idées et des événements ; il associe cosmologie et anthropologie dans le même discours ; il participe à la domestication du hasard par le calcul des probabilités ; enfin, reprenant le programme de Platon, il montre qu’une philosophie réaliste de la nature est possible. Il a du philosophe la conception du XVIIe siècle : un grand mathématicien qui contribue au progrès de la science et dont la curiosité embrasse la totalité de la nature et de l’histoire.

Nous évoquerons : 1) son réalisme ; 2) sa conception du hasard ; 3) sa théorie des révolutions scientifiques.

1. Le réalisme de Cournot

En 1851, dans Essai sur les fondements de nos connaissances et sur les caractères de la critique philosophique, il s’interroge : un principe d’ordre inhérent à la science peut-il être aussi le principe d’ordre de la nature ? Répondre oui serait « affirmer que les conditions du développement artificiel de notre intelligence sont en parfaite harmonie avec celles de l’arrangement de l’univers ». Or comment la jonction entre « l’ordre logique » des sciences et l’ordre de la nature s’opère-t-i ?

En 1861, dans Traité de l’enchaînement des idées fondamentales dans les sciences et dans l’histoire, il note : « … l’idée vraie a des rapports essentiels avec les choses qu’il s’agit de relier, et … elle nous découvre l’ordre…

Paul Ricoeur et Jean-Pierre Changeux, dialogue ou duel ?

En publiant Du Vrai, du Beau et du Bien (cf. notre émission ) Jean-Pierre Changeux lançait le gant à la communauté philosophique. Une cascade de réactions allait s’ensuivre.
La présente émission revient sur une confrontation capitale qui, à l'initiative des éditions Odile Jacob, a opposé en 1998 Jean-Pierre Changeux au philosophe Paul Ricœur, deux statures internationales.
La rencontre aura permis de cerner ce qui sépare leurs courants de pensée. Sans en dissiper les divergences de fond elle a pu les accompagner jusqu'à un chemin de tolérance.
Recueillis par l’éditeur, soumis à la relecture des auteurs et publiés chez Odile Jacob, les propos échangés n'ont toujours pas fini d’alimenter l'abondance des réactions suscitées par les ouvrages de Jean-Pierre Changeux.

La métaphysique, territoire occupé

Parmi les réactions à l’ouvrage de base Du vrai, du beau et du bien 4, un article de Catherine Malabou 5 retient l’attention car il éclaire bien le débat sans le dépassionner.
Elle ne cache pas son embarras d’avoir à cautionner une mainmise des neurosciences sur le territoire de la philosophie qui « apparaîtra nécessairement comme une usurpation, une captation des idées métaphysiques. » Elle dresse un tableau plutôt sombre des tourments imposés à la philosophie « qui s’est fait prendre de court par les neurosciences ».
Selon elle, le philosophe découvre « qu’il n’a rien de sérieux ni rien de convainquant à opposer à l’hégémonie neuroscientifique, sinon l’affligeante pauvreté d’un idéalisme ou d’un spiritualisme des plus primitifs. »

Elle note que la crise provoquée…

Qu’est-ce que l’homme ?

L'homme, inépuisable sujet, se trouve ici revu de manière plus moderne, sous forme de cours anthropologique. À partir de la première œuvre de littérature (qui remonte à -2650 ans avant J.-C.) jusqu'à nos jours, Chantal Delsol retrace les grandes lignes directrices qui fondent le caractère humain à travers six thèmes :

- La mortalité et la différenciation,
- Une société immortelle,
- Ethique : l'intuition universelle de la norme,
- La transmission,
- La relation et la distance,
- L'enracinement et l'émancipation.

«L'homme se définit par sa condition même de mortel et sa lutte contre la mort. Sa propre fin, c'est le thème récurrent de sa vie, de sa peur ou de son bonheur.» En citant Socrate ou Aristote, Chantal Delsol nous livre les grandes interrogations de l'homme sur l'homme, et ceci depuis la nuit des temps. Ainsi, la peur de la mort est un thème régulier de nos sociétés humaines. Comment vaincre la mort, cet irrémédiable moment, signe de la fin de l'humanité ? En se perpétuant et en renouvelant les sociétés ! Le parallèle entre la mort chez l'homme et la mort dans la société s'avère être un point central car le besoin de se renouveler pour créer l'immortalité reste fondamental. «Le souci de la mort vaut aussi pour les sociétés et une société ne peut durer que par le souci des individus de laisser derrière eux d'autres êtres». La peur de la mort se trouve adoucie par les religions qui aident à rassurer les mortels.

Comment fonctionne…

Jacques de Larosière : Le hasard ou l’alea moral

Cette communication a été présentée devant l'Académie des sciences morales et politiques lors de la séance du lundi 14 mars 2011. le texte proposé ci-dessous n'est qu'un résumé. Pour le lire en intégralité, consulter le site de l'Académie www.asmp.fr

"L’origine et la définition de l’expression - assez énigmatique – d’aléa moral ou de « hasard moral » (selon l’anglais : « moral hazard ») méritent une explication. Ce concept a pris naissance dans le monde des assureurs qui ont cherché à savoir si les comportements (« moral behaviour ») de leurs clients pouvaient être influencés par l’existence de contrats les protégeant contre divers types de risques. Serait-il possible que certains assurés se montrent moins prudents, voire prennent délibérément des risques auxquels ils ne se seraient pas normalement exposés sans assurance ?

Une telle déviation de comportement se manifeste-t-elle effectivement ? Dans l’affirmative, peut-elle revêtir une importance significative ?

Cette notion d’aléa moral peut avoir une portée plus générale. Si les individus sont persuadés que les pouvoirs publics interviendront toujours pour les protéger en cas de péril, certains d’entre eux (ou nombre d’entre eux) peuvent être tentés de relâcher leur prudence naturelle. Si l’État a tendance - comme c’est de plus en plus le cas - à intervenir systématiquement, notamment en vertu du principe de précaution, on conçoit, par exemple, que certains assurés sociaux puissent se montrer moins stricts quant à leurs règles d’hygiène. De même, des alpinistes, ou autres amateurs de sports dangereux, peuvent-il être tentés…

Dernières nouvelles du Big Bang

Henri Poincaré : un poète de la mathématique à l'Académie française et à l'Académie des sciences

Henri Poincaré (à ne pas confondre avec son cousin Raymond Poincaré, président sous la IIIe République) est aujourd’hui retombé dans l’anonymat auprès du grand public. Pourtant, il était mondialement connu au début du XXe siècle pour ses théories mathématiques et ses applications dans tous les domaines de la physique comme l'optique, l'électricité, la propagation de la chaleur, les ondes hertziennes, la thermodynamique, la théorie des quanta ou encore la mécanique céleste, mais aussi pour ses ouvrages de philosophie, qui touchèrent le grand public.
Signe peut-être précurseur qu’il retomberait dans l’oubli, il a toujours vu son nom mal orthographié de son vivant. Sur sa fiche signalétique de Polytechnique figure le nom de «Poincarré», même chose parfois pour ses communications scientifiques et même, dans certains journaux, lors de son élection à l’Académie française en 1908 !
Nom égratigné, ou raillé, un journaliste de l'époque écrira que Poincaré devait être le plus malheureux des mathématiciens parce que son nom «choquait la définition du point»...

Autre paradoxe pour notre personnage fameux de l’histoire des sciences : celui qui deviendra « un monstre de mathématiques » obtint 0 dans cette matière le jour du bac ! « Henri Poincaré est arrivé en retard à son épreuve et il a répondu à côté, peut-être sous le coup de l’émotion » tente d’expliquer son biographe Christian Gerini. Mais comme le rappelle notre invité, notre élève brillant se rattrapa bien vite avec en poche à la fois un bac es lettres et…

La biologie, l’art et les molécules

L'académicien, François Gros fut lui-même tenté par l'expression artistique. Peinture et musique, auxquelles il renonça au final pour se consacrer à une carrière scientifique. Dans sa communication, il évoque la passion et la pratique de certains scientifiques pour les arts, tels que Louis Pasteur ou Jacques Monod. Il nous rappelle ces familles de musiciens, telle celle bien connue de Jean-Sébastien Bach, ou de peintres, établissant des dynasties d'artistes. Au fond, le scientifique s'interroge : est-ce que la propension à l’art, le sentiment artistique, le goût, la sensibilité au beau, sont génétiquement déterminés ? Connaissons-nous des gênes qui peuvent jouer un rôle important ?


Il poursuit son questionnement sur le processus émotionnel à l'œuvre dans la création artistique et dans la recherche scientifique, parlant de "création" pour l'un et l'autre. Se faisant pédagogue pour nous expliquer l'importance des protéines dans la vie cellulaire (dans n’importe quelle cellule de notre corps il y a au moins 100 000 types différents de protéines), il note que l'asymétrie joue un rôle essentiel dans l'émergence de la vie, même si le principe de symétrie joue un rôle fondamental à l'échelle moléculaire, ayant probablement, il y a quatre milliards d'années, guidé les premiers assemblages moléculaires qui ont précédé l'apparition des cellules vivantes.

Un diaporama accompagne cette communication. Pour voir ces photographies, reportez- vous à la fin de cet article, ou cliquez ici, sur le mot diaporama.


La biologie, l'art et les molécules


Transcription de la communication de François Gros,…

La foi en l'Homme : tel est le "Ce que je crois" de Jacqueline de Romilly (1/2)

Nous sommes dans les années soixante-dix, au lendemain des événements de mai 68. Jacqueline de Romilly, est alors professeur à la Sorbonne (elle entrera à l’Académie Française en 1989). Portant son regard sur une société en crise elle écrit « Ce que je crois ». Son livre ne sera publié qu’en 2012 après qu’elle se soit éteinte en 2010. Il s’agit donc d’une édition posthume. Son témoignage sur l’après 68 apporte le recul d’une vie consacrée à la civilisation de la Grèce antique et à sa littérature.


Il faut sauver le soldat Thucydide.


Jacqueline de Romilly avait fait sa thèse de doctorat sur Thucydide, le grand historien grec ayant vécu et relaté la guerre du Péloponnèse.
Il occupe à ses yeux une place privilégiée et compte parmi les écrivains qui lui ont conservé une assise morale dans les périodes difficiles qu’elle a traversées. Il fut, à ses yeux, le premier à s’efforcer de comprendre : « Si chacun dans son métier, dans son domaine, s’efforçait de comprendre, de voir ce qui va mal, de trouver mieux, peut-être le monde craquerait-il moins » écrit-elle.
Voilà bien l’idéal à sauver, cet effort loyal et obstiné pour comprendre. Il engage notre liberté plus encore que l’opposition entre le bien et le mal car il confronte chaque instant de l’esprit à une lutte entre lucidité et passivité.





Un humanisme moderne


Les connaissances évoluent, en champ de vision, et en profondeur, en complexité. Le temps n’est…

Jacqueline de Romilly : "Se détourner des textes grecs, c’est déjà se couper des origines de notre civilisation"

« Qu’aurait dit Démosthène ? »


Faisant l’éloge du monde grec, Jacqueline de Romilly nous nous rappelle que son credo prend source dans la lumière de la Grèce antique. « Voir la lumière, ainsi les Grecs définissaient-il le fait de vivre. Et les mots contiennent déjà, c’est le cas de le dire, comme une illumination. » Elle nous dit, aussi, combien la lumière est un don fragile : que s’installe la violence et le monde s’obscurcit. Évoquant le spectacle ordinaire de l’insécurité dans nos grandes villes, Jacqueline de Romilly demande ce qu’en eût dit Démosthène : nul doute eût-il parlé de la barbarie qui est l’en-creux de la civilisation. Or, -elle s’applique à le montrer-, se détourner des textes grecs c’est déjà se couper des origines de notre civilisation.


Eloge de la littérature


Les textes grecs ne sont pas la seule voie qui conduise au respect du civisme et à l’amour de la vie. Mais ils ont le mérite d’exister, d’être partout présents dans les bases de notre culture, et les valeurs qu’ils portent pour fonder un humanisme sont exprimées de façon simple et forte.


A partir de quoi, Jacqueline de Romilly élargit son éloge des textes grecs à celui de la littérature. Elle définit et illustre ce qu’elle nomme la transparence dont elle fait la qualité ultime dans tous les domaines de l’expression écrite. Cette transparence ne saurait se confondre avec la clarté du contenu mais plutôt avec sa force d’évocation, sa capacité…

Voyage aux sources (merveilleuses) de la vie

Jacques Gernet, de l'Académie des inscriptions et belles-lettres : Essai sur Wang Fuzhi, philosophe chinois du XVIIe siècle

Jacques Gernet l'avoue : les textes anciens des auteurs chinois ne nous sont guère accessibles et l'oeuvre de Wang Fuzhi (prononcez Fou-Tcheu) est "difficile et volumineuse". Après avoir travaillé sur cet auteur chinois du XVIIe siècle durant vingt ans, Jacques Gernet le tient pour le plus éminent penseur de son époque et nous permet ici de découvrir non seulement une personnalité intellectuelle très méconnue en occident mais également une pensée philosophique très éloignée de notre philosophie occidentale.
Puisque Wang Fuzhi s'interroge sur la nature de la réalité, du visible, du sensible, du rapport entre l'homme et ce qui l'entoure, en ce sens, il est bien philosophe. Et pourtant, Jacques Gernet explique pourquoi on ne peut lui appliquer ce qualificatif.

Précisons, simplement pour mémoire, que Wang Fuzhi (1619-1692) est presque contemporain de Galilée (condamné en 1633), et de Descartes, mort en 1650. Les dates de Wang prouvent qu'il a rédigé ses oeuvres durant le Grand siècle, celui de Louis XIV... Et pourtant, lorsque le jésuite Mattéo Ricci portera en Chine l'idée d'un Créateur, un penseur tel que Wang ne pourra l'admettre, et Jacques Gernet explique pourquoi.

Un effondrement

Jacques Gernet estime qu'on ne peut comprendre la conception de Wang qu'en connaissant le contexte dans lequel il vécut. Il donne donc des précisions sur son lieu de naissance, son entourage familial, ses études et surtout sur cette période historique très dure que fut le renversement de la dynastie Ming au profit de celle des Mandchous.

Wang lui-même s'interroge longuement sur les causes…

« Les sciences morales et politiques selon Cournot »

Cette séance a été enregistrée le 20 janvier 2014. La séance est suivie des débats, contenu exclusif réservé au membres du Club Canal Académie.