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- Le programme de la semaine du 09/12/2019 -

Les quatre parties du monde : histoire d'une mondialisation

Serge Gruzinski , Les quatre parties du monde : histoire d'une mondialisation, éditions La Martinière (19 mars 2004)

L'auteur retrace l'histoire de la mondialisation ibérique entre les années 1580 et 1640, période qui porte sur la génération qui a succédée aux conquistatordes et à l'apogée de l'empire ibérique. Nous sommes face à une confrontation entre opprimeur et opprimé avec un monde intermédiaire qui n'est plus parfaitement espagnol et qui n'est pas encore latino-américain. C'est l'univers des ''passeurs'' qui assurent la jonction entre le monde ibérique et le monde indigène. Mais pour Serge Gruzinski, même si les passeurs ont joué un rôle important, la pensée occidentale prend quand même sur les cultures ancestrales des indiens.

Directeur de recherche au CNRS et directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études en sciences sociales, Serge Gruzinski a reçu le prix Auguste Gérard pour cette Histoire de la mondialisation.

Peut-on écrire une histoire universelle ?

En 2005, l'Académie des sciences morales et politiques consacre ses séances publiques au rôle des historiens.

Voici le texte intégral de la communication de Jean Baechler :

Vous m'avez prié, Monsieur le Président, de chercher et, si possible, de trouver une réponse plausible à la question : « peut-on écrire une histoire universelle ? ». Eh bien, vous vous réjouirez d'apprendre que je crois pouvoir vous donner satisfaction et que ma réponse concorde avec la vôtre : non, il est impossible, ou presque, d'écrire une histoire universelle et aucune personne dans son bon sens n'en formerait le projet. En effet, l'entreprise doit affronter des obstacles si évidents qu'ils n'échappent à personne et si formidables que l'on ne voit pas comment il serait possible de les vaincre. Pourtant, l'unité de l'espèce et son historicité, conjointes à l'exigence d'intelligibilité naturelle à l'entendement humain, impose de ne pas renoncer avant d'avoir épuisé toutes les ressources de l'ingéniosité rationnelle. Le règne humain exige que l'on écrive son histoire, d'une manière d'autant plus pressante que le règne vivant produit la sienne avec la théorie néodarwinienne de l'évolution et que le règne physique reçoit lui aussi son histoire avec les derniers développements de l'astrophysique relativiste et quantique. Si la cosmologie doit s'accomplir dans une cosmogonie et la biologie dans une biogonie, a fortiori l'anthropologie devrait être complétée par une anthropogonie, c'est-à-dire par une histoire universelle. Il importe, par conséquent, au projet même d'une science du règne humain de ne pas…

Les voyageurs à Pékin

Balzac, dans La Peau de Chagrin, évoque «les causeries du soir, en hiver, où l'on part de son foyer pour aller en Chine ». L'auteur de la «Comédie humaine» ne franchit jamais les mers pour rejoindre la Chine ; pour lui, elle était si mystérieuse et si lointaine qu'elle évoquait un ailleurs inaccessible et indescriptible. Les récits de voyageurs qui visitèrent le « Céleste Empire » ne sont finalement pas si rares.

Le premier à nous être parvenu est celui de Jean du Plan Carpin datant de 1245. Dans sa préface à l'anthologie des voyageurs occidentaux du Moyen Age à la chute de l'empire chinois, Le voyage en Chine, Ninette Boothroyd indique que « ce qui ressort le plus des récits de tous ces voyageurs, ce n'est pas seulement l'émerveillement que ceux-ci éprouvent, à divers degrés évidemment, devant la découverte d'un monde autre, mais aussi et surtout la considération qu'ils lui montrent, la valeur qu'ils lui reconnaissent, lors même qu'ils le récusent en tant que monde païen » (1).

Autre caractéristique, ces ouvrages, notamment ceux parus au XVIe siècle, ont apporté au public lettré « une connaissance dénuée de toute falsification et remarquablement objective, de «l'extraordinaire » de la Chine ».

Tout est parti, en fait, de Marco Polo. Le Vénitien fut à ce point émerveillé par tout ce qui s'offrait à ses yeux qu'il ne trouva rien à critiquer dans cette immense contrée. On sait que Marco Polo, âgé de dix-sept ans, accompagna ses oncles dans l'empire Mongol, où…

Thomas Tanase présente sa biographie de Marco Polo

Erik Orsenna, de l'Académie française : L'Entreprise des Indes

« Ma passion, c’est d’apprendre ; apprendre et raconter. Je pensais qu’elle se calmerait avec l’âge, mais ce n’est pas du tout le cas ». La boulimie de savoir et le talent de conteur d’Erik Orsenna, plus vifs que jamais, se mettent à nouveau au service d’une grande fresque sur l’homme, le monde et son histoire : L’Entreprise des Indes, largement salué par la critique, nous offre un tour d’horizon du Lisbonne des « Temps Modernes » et nous fait embarquer à bord des caravelles à la rencontre d’un personnage historique quasi-légendaire : Christophe Colomb.

La jeunesse du navigateur génois est ici narrée à travers son jeune frère Bartolomé, mais aussi et surtout à travers la peinture du foisonnement culturel inouï qui éclot dans l’Europe de la fin du XVe siècle. « Le monde commence à s’ouvrir, le monde sort de la chape de plomb qui avait pesé sur les intelligences pendant dix-sept siècles », explique Erik Orsenna. Mais cet élan extraordinaire de la science et de la rationalité, explosion des techniques et des savoirs qui va conduire à la première mondialisation, est encore contrebalancée par la religion, la magie, le mysticisme voire l’obscurantisme.

La maîtrise des mathématiques, passion renouvelée d’Erik Orsenna depuis qu’il a découvert que le fauteuil 17 qu’il occupe à l’Académie française portait un nombre premier, devient une condition sine qua non à la traversée des mers, afin de calculer la position des astres ; de l’autre côté, les navigateurs partent agrandir le monde pour porter la…

"Petites phrases" d'Erik Orsenna, tirées de son livre L'entreprise des Indes

A l'écoute, vous profiterez d'une dizaine de ces "Petites phrases".
A l'écrit, en voici trois, pour vous donner envie de nous écouter et aussi de lire le livre du début à la fin !

Pourquoi Dieu a-t-il créé ensemble les hommes et les femmes, pourquoi leur a-t-il ordonné de procréer ensemble alors qu'il fabriquait au même moment cette mer maudite, la plus puissante des machines à séparer les couples ?

Les femmes sont des avant-gardes déjà des bateaux. l'amour qu'on en reçoit est un voyage, on y essuie des tempêtes, on y respire des senteurs rares, on s'y promène parmi les plantes inconnues.

Chacun de nous est une île n'est-ce pas ? Une île entourée d'autres îles, séparées d'elles par des courants faciles ou difficiles à franchir selon les jours. Et qu'est-ce que la vieillesse ? Cette île que je suis se met à rétrécir, rongée chaque année davantage par la mer impitoyable qu'est le temps.

Écrire est une navigation sur la terre ferme, la page blanche est une voile qu'on hisse ; les mots, un sillage qui s'efface.


Écoutez aussi l'entretien qu'Erik Orsenna a accordé à Jacques Paugam sur Canal Académie :
- Erik Orsenna sur Canal Académie


A consulter :

- Erik Orsenna de l'Académie française

Erik Orsenna, L'entreprise des Indes, édition Stock, 2010

L'Europe et le mythe de l'Occident : entretien avec Georges Corm




L'Europe et le mythe de l'Occident, la construction d'une histoire , Edition La Découverte, publié en avril 2009 s’inscrit dans une réflexion amorcée dans deux de ses précédents ouvrages Orient et Occident, la fracture imaginaire publié en 2002, au lendemain du 11 septembre et La question religieuse au XXI e siècle, Géopolitique et crise de la modernité aux éditions La Découverte en 2006.


Comment et pourquoi ce mot d'Occident peut-il être à la fois, vecteur de sentiments d'altérité odieux et porteur d'espérances humanistes?


Pour Georges Corm, il s'agit «d'un concept mythique, englobant et globalisant» qu'il vérifie dans l'étude à rebours de ce qu'il appelle les grandes stylisations historiques, que sont, le mythe des croisades, le récit épique et imaginaire de Guizot sur l'Europe, la construction hégelienne ou wébérienne, les équivoques du concept de civilisation. L'idée de sortie de la religion qu'auraient effectuée les cultures européennes et qui donnerait au continent son caractère exceptionnel, est une autre de ces stylisations historiques qu'analyse Georges Corm en s'appuyant aussi sur les historiens des idées. Que nous fait-il remarquer ? Étonnamment, les différents moments fondateurs choisis dans les divers discours sur l'Europe, confondue avec l'Occident, modèlent des représentations qui entrent en contradiction, les unes par rapport aux autres. Ces points de départ n'ont plus de véritables résonances dans les cultures de l'Europe d'aujourd'hui. Qui se soucie de l'enseignement approfondi du latin et du grec, par exemple ? Pourtant l'antiquité gréco-latine est bien souvent considérée comme le temps fort des origines de l'Europe. D'autres souhaiteront…

Isabelle la Catholique (1451-1504)

Isabelle, reine de Castille, est inévitablement associée à son mari, Ferdinand d'Aragon. Leur règne coïncide avec la naissance de l'Espagne moderne.

Dans un portrait équilibré, Isabelle Schmitz nous présente les différents épisodes de leur vie: le début de règne marqué par la division de l'Espagne, la création de l'Etat moderne, la question de l'antisémistisme et le problème des "conversos", l'inquisition et la prise de Grenade et, bien sûr la conquête du Nouveau Monde.

Un portrait en dehors des sentiers battus du politiquement correct, qui tient compte des recherches les plus récentes en Histoire sur cette période controversée.

Bibliographie.

- Isabelle la Catholique, Jean Dumont, Critérion.
- Isabelle la Catholique : Un modèle de chrétienté ?, de Joseph Pérez, Editions Payot.
- Isabelle la catholique, de Philippe Erlanger, Perrin.
- L'inquisition espagnole : XVe-XIXe siecles, de Bartholomé Bennassar, Coll. Pluriel, Hachette.

8 novembre 1519: l'entrée des Espagnols à Mexico

Venu en conquérant, Hernan Cortès rencontre le 8 novembre 1519 Montezuma, empereur des Aztèques.




Considéré comme la réincarnation de Quetzalcoatl, l'Espagnol fait face à un chef "prisonnier et victime de ses mythes". Guerrier courageux, Montezuma est dans l'obligation de négocier afin de préserver sa cité.
L'affrontement, malgré le respect mutuel des deux hommes semble inévitable, d'autant plus que chaque jour en cette période de crise, les sacrifices humains se multiplient et provoquent l'indignation des Espagnols. Tué dans des conditions mal connues, Montezuma apparaît finalement incapable de faire face à cette conquête.

Isabelle Schmitz, journaliste au Figaro Hors-Série et spécialiste de la civilisation hispanique, nous présente, dans le cadre d'une série de portraits, la rencontre entre Hernan Cortès et l'Empereur aztèque Montezuma.

- Retrouvez notre émission consacrée à l'Empereur Montezuma avec Isabelle Schmitz.


|Bibliographie|

- Bartolomé BENNASSAR, Cortés, Le conquérant de l’impossible, Ed. PAYOT, Paris 2001
- Christian DUVERGER, Cortés, Fayard, Paris, 2001

Senghor et l'indépendance du Sénégal

En 1895, le gouvernement général de l'Afrique occidentale française (AOF) est institué. Il regroupe les colonies africaines françaises allant de la Mauritanie au Dahomey (Bénin) et s'étend sur plus de 4 millions de km². Le gouvernement colonial installe la capitale à Dakar qui devient en même temps la capitale de toute l'Afrique occidentale française. La France favorise l'économie sénégalaise en développant la culture de l'arachide à des fins d'exportation.
Après la Seconde Guerre mondiale, une assemblée territoriale est créée au Sénégal. Léopold Sédar Senghor, l'un des députés au Parlement français, domine à ce moment, la vie politique locale de son pays. Le français est choisi comme langue officielle durant toute la colonisation française. En 1958, le Sénégal obtient le statut de république au sein de la Communauté française.
En 1959 et pendant un an seulement, la Fédération du Mali voit le jour : elle regroupe le Sénégal et le Soudan français (l'actuel Mali). Mais elle est rapidement dissoute pour cause de querelles internes.

Le Sénégal obtient son indépendance le 18 juin 1960, et c'est Léopold Sédar Senghor qui présidera ce nouvel Etat, jusqu'en 1981.

Le chancelier honoraire de l'Institut Pierre Messmer (1916-2007), revient sur cette période de l'Histoire, dans un discours prononcé le 26 juin 2006 à l'Assemblée nationale, dans le cadre de l'anniversaire du centenaire de la naissance de Léopold Sédar Senghor.

Rappelons que Pierre Messmer a réalisé une partie de sa carrière politique en Afrique française. Il fut le commandant du Cercle d'Atar en Mauritanie (1950-1952), gouverneur de…

Hernan Cortès (1485-1547)

Génie militaire, homme charismatique, Hernan Cortès fut le fondateur de la ville de Mexico et de la Nouvelle Espagne. Sans aucun doute homme de Foi, il fut aussi marqué par les épisodes tragiques d'une existence pendant laquelle se mêlent courage, violence et pouvoir.

Bibliographie.

- Bartolomé BENNASSAR, Cortés, Le conquérant de l'impossible,
Ed. PAYOT, Paris 2001
- Christian DUVERGER, Cortés, Fayard, Paris, 2001




Extraits.

A propos des pleins pouvoirs que Charles Quint refusa de donner à Hernan Cortès (tiré du livre de B. Bennassar):

« Il était inopportun, jugeait-on, de confier le gouvernement civil des territoires conquis au conquérant lui-même. Pourtant Cortés méritait le bénéfice de l’exception. Il avait fait preuve de sa loyauté, d’une grande consience de ses devoirs envers Dieu et le roi. Investi d’un pouvoir sans partage en Nouvelle Espagne, ce pays qu’il aimait avec passion, où, en dépit des drames et des cruautés de la conquête, il était parvenu à se faire aimer d’une partie des Indiens et de leurs princes, il aurait pu accomplir des miracles et, avec l’appui des franciscains, inventer réellement un « nouveau monde ».

"J’ai vécu les armes à la main. J’ai exposé ma personne à mille dangers, j’ai grandi le nom de mon roi, accru son domaine en plaçant sous son sceptre d’immenses royaumes de peuples étrangers que j’ai gagnés moi-même sans recevoir aucune aide, j’ai dû faire face aux obstacles des jaloux qui m’ont sucé le sang jusqu’à en crever comme des sangsues repues... Mais je n’avais pas plus…

La révolution abolitionniste

L'empereur aztèque Montezuma (1467?-1520)

Montezuma (dit aussi Moctuzema II), le dernier souverain de l'empire aztèque, est certainement le personnage historique le plus fascinant de l'Amérique précolombienne. Monté sur le trône en 1502, il entreprend une série de réformes audacieuses pour bâtir un État structuré. Mais avant même que ses efforts ne portent tous leurs fruits, il doit affronter des envahisseurs venus d'un autre monde. Il mourrut à temps -tué ou suicidé- pour ne pas assister à la destruction de Mexico et à la fin de la civilisation aztèque.

Comment son puissant empire a-t-il succombé devant une poignée d'Espagnols ? Les historiens, influencés par la " vision des vaincus ", ont souvent incriminé ses terreurs superstitieuses et sa passivité, sans voir que les chroniqueurs indiens avaient systématiquement déformé les faits pour désigner Montezuma comme le grand responsable du cataclysme.

Il est certain que l'empereur crut reconnaître en Cortez le dieu Serpent à Plumes, dont les mythes annonçaient le retour pour mettre fin à l'ère aztèque. Il fut frappé aussi par d'inquiétantes similitudes entre les envahisseurs étrangers et les Aztèques à leurs débuts. Mais cela ne l'empêcha pas de résister et d'utiliser toutes sortes de pièges suggérés par les mythes pour détruire les intrus et sauver son empire. En vain. Fait prisonnier, il espérait encore sauvegarder l'essentiel en partageant le pouvoir avec Cortez et en collaborant avec les envahisseurs. Une série d'erreurs espagnoles mit très vite un terme à ses illusions: « Moctezuma était prisonnier de ses mythes. Du mythe des ères et des Soleils qui…

La route des épices : précieuse mais insuffisante (1/3)

Le but était triple : rehausser, rendre agréable ce qui était fade ou insipide (n’allons pas plus loin que le sel, destiné à conserver la nourriture mais aussi à rehausser le goût du pain) ; assagir ou affadir ce qui était trop violent; dissimuler le mauvais goût de nourritures souvent mal ou trop longtemps conservées, notamment à la fin de l’hiver : viandes faisandées ou séchées, poissons en barils, grains ou farines abîmés, fruits et légumes douteux….

L’Europe du Nord n’est pas très riche en variété de « goûts » ; ce qui donne du goût est en effet très souvent le soleil : l’abondance de l’ensoleillement. Dans leur inlassable exploration du monde les Européens s’appliquèrent donc à rechercher des senteurs, - car le nez participe beaucoup au goût - des saveurs nouvelles : route des saveurs, route des arômes, route des épices : tout un roman… aussi important que celui de la soie, davantage tropical, davantage maritime… et moins connu…


Les Phéniciens, grands navigateurs et commerçants, établirent des comptoirs dans toute la Méditerranée, et au delà, pour échanger des matières brutes contre des produits de luxe, allant jusqu’aux îles Canaries, en Afrique de l’Ouest, en Cornouailles. Alexandre le Grand, dont le maître fut Aristote très féru de zoologie et de botanique, fit faire, lors de ses campagnes militaires, des inventaires de la flore, de la faune et des minéraux, rencontrés en Afghanistan, sur les contreforts de l’Himalaya, au Penjab, le long de l’Indus.

On considère Théophraste (372/288 AV.J.C.) élève…

La route des épices : établie et convoitée (2/3)

Ce sont donc les Portugais et les Espagnols qui ouvrirent le bal, non plus en transits épisodiques et pleins d’aléas, comme les pratiquaient les principautés italiennes, mais en voies permanentes, dotées de « comptoirs » eux-mêmes dotés d’infrastructures, de personnels de commerce et de protections diplomatiques : les jardins de ports, les entrepôts à grains et plantes commencent à ce moment. L’étude systématique des graines, fruits et agrumes, accompagna ce vaste mouvement du développement de la consommation des « épices » ou produits tropicaux. Les hardis marins et entrepreneurs des Provinces Unies les talonnaient bientôt, sous la direction de Houten établissant de puissants comptoirs à Bantan, Malacca et Java ; ils furent suivis des Britanniques à l’instigation d’Elisabeth I : Après Magellan, de retour en 1522, le sir Francis Drake effectua la seconde circumnavigation doté des lettres patentes de la reine et financé par les marchands de Londres, entre 1577 et 1580, rapportant or, et pierreries volées aux galions espagnols et épices des Moluques et des Indes. Le commerce se stabilisa avec la création de Compagnies détenant des monopoles d’établissement, de gestion et de transport des précieuses denrées : l’East Indian Company était née et devait durer jusqu’au XXe siècle, usant d’un droit exclusif du Cap de Bonne Espérance à la Chine. James Lancaster reçut la direction de la première expédition commerciale, et renvoya depuis Bantan un premier navire rempli de poivre et de muscade ! Pour dix livres (soit près de cinq kilos) de muscade achetées un penny à…

La route des épices : impériale et britannique (3/3)

Ce furent la Révolution française et l’Empire de Napoléon qui permirent aux Britanniques d’imposer leur prééminence dans le juteux commerce des épices : en effet dans la confusion semée en Europe, les Pays-Bas se trouvèrent inclus dans les stratégies de l’Empereur français. Le blocus continental européen incita les Britanniques à se tourner vers la mer, le trafic au long cours, encore plus qu’avant, d’abord pour ne pas mourir de faim et trouver les subsides capables de financer la guerre européenne.

Une sorte de guérilla coloniale les opposa durant plusieurs décennies aux Hollandais et à ce qui restait de l’Empire portugais. Les moyens mis en œuvre finirent par se révéler fructueux et le XIXe siècle fut le siècle de la « découverte des océans et du monde » : à ce jeu, les Britanniques se révélèrent extrêmement performants.


En 1767 le capitaine Samuel Wallis découvrit Tahiti, et le 26 aout 1768 l’Endavour appareillait de Plymouth pour une expédition d’envergure commandée par le capitaine James Cook ; outre le personnel navigant et commercial habituel et les unités militaires de protection, elle comprenait l’astronome Charles Green, le botaniste Daniel Solander et l’illustre Joseph Banks.

Les différents trajets de Cook durèrent quatre années et le menèrent jusqu’au sud-est de l’Australie et en Nouvelle Zélande jusque là inconnus. A peu près au même moment, Bougainville accostait avec la Boudeuse dans plusieurs îles du Pacifique accompagné de scientifiques non moins éminents ; vingt ans…

La ratatouille ou les avatars de la mondialisation des légumes

Quoi de plus traditionnel et évocateur des splendeurs de la cuisine méditerranéenne que la ratatouille ? La ratatouille est un ragoût de légumes (tomates, aubergines, courgettes, poivrons) revenus séparément ou ensemble dans l’huile d’olive. On y ajoute de l’ail, des olives (ratatouille niçoise), parfois des oignons qui définissent la bohémienne languedocienne. La ratatouille est répandue sur tout le pourtour de la Méditerranée. Ainsi la caponata sicilienne, chère au commissaire Montalban, héros des romans policiers d’Andréa Camillieri, rajoute cèpes, olives et une branche de céleri, le tout déglacé avec un peu de vinaigre.

À l’origine, le mot ratatouille a d’abord désigné en 1778 un ragoût grossier, un mélange grossier, voire une raclée. Son abréviation rata a désigné à la fin du XIXe siècle, en argot militaire, un mélange de haricots et de pommes de terre, puis un mélange de légumes et de viande. Ce n’est qu’au cours du XXe siècle, que le mot ratatouille a pris le sens que nous lui connaissons.

Si la dénomination du plat est récente, le plat est plus ancien, mais qu’en est-il vraiment ?
Il est amusant de reprendre un à un les éléments constitutifs de la ratatouille et de déterminer leur origine :
- l’aubergine est un légume voyageur qui nous vient d’Inde, et qui n’est apparu chez nous qu’au XVIe siècle, époque à laquelle on le considérait comme une plante ornementale vénéneuse.

- la tomate nous vient de l’Amérique précolombienne ; originaire du Mexique, ramenée en Europe au XVIe siècle, la tomate qui avait…

La présence culturelle française à Singapour

L’image française est discrète, un peu terne malgré nos célèbres « brands » (marques) connues du monde entier : Dior, Cartier, Vuitton, Chanel, et tous les autres : la plupart des clients ignorent le lien entre la France et leurs achats. La cuisine française est également très présente, la boulangerie, avec nos feuilletés et nos « baguettes » ; les deux restaurants les plus chics (et les plus chers) de Singapour, Les Amis et le Saint-Pierre ont des chefs français mais ils ne s’adressent, hélas, qu’à une clientèle très européanisée, prête à payer 100 dollars dans une ville où on peut faire un merveilleux gueuleton chinois pour 8 dollars ! Si la librairie Borders a peu de livres en français, l’immense Kinokuniya a un très beau département français, avec moult traductions de l’anglais et du chinois, et nombre de livres pour enfants, car les écoles françaises, de tous niveaux, sont nombreuses et très appréciées. Les familles singapouriennes les plus « branchées » envoient souvent leurs enfants dans des établissements français. L’Alliance française, à la station de métro Newton, dans un joli immeuble moderne s’affaire aussi dans différents domaines, dispensant leçons et conseils de découverte ; et aussi des films français : pour Nöel 2008, « Tanguy » et « Joyeux Noël » ont été choisis.




Les singapouriens adorent la musique, aiment Ravel à la folie : pas seulement le Bolero, mais aussi Daphnis et Chloé, la Pavane, et le concerto pour la main gauche. A l’automne 2008, notre prestigieux chef Casadesus est venu diriger l’Orchestre Symphonique de Singapour (OSS), sans…

Les grands explorateurs français : Robert Cavelier de La Salle

L'explorateur René Robert Cavelier de La Salle sera le premier à reconnaître que les relevés topographiques des Indiens, malgré leur absence de règles orthonormées sont bien plus précis que ceux des Européens. Le départ pour la Nouvelle France a lieu en 1667. Outre l'attrait bientôt confirmé et même décuplé par l'immense commerce des fourrures, reste que l'envie d'en savoir plus, de reculer les frontières de l'inconnu géographique et ethnologique, la soif de découverte jouent aussi leur rôle, et que cela va être particulièrement le cas pour Robert Cavelier.

Cet homme au tempérament un peu froid, austère, si peu fait pour l'intrigue aura su admirablement capter l'attention puis le soutien de deux personnalités politiques les plus susceptibles de favoriser ses desseins : Colbert à Versailles et Frontenac à Québec. Sur les traces des fameux Jolliet et Marquette, il descend le Mississipi (eux avaient dû rebrousser chemin) entre et prend possession de la Louisiane pour le roi de France le 14 mars 1682.



Quelques semaines plus tard, remonté à l'ouverture du delta, Cavelier y fait planter un immense poteau orné des armes royales de France et gravé de cette inscription : «Ici, le grand Roy de France et de Navarre règne ce 9 avril 1682.» Sans doute est-ce davantage un acte de foi qu'un acte de loi. Mais enfin, devant l'histoire, un gros tiers de l'Amérique du Nord (dont l'axe de traversée majeur est le Mississipi), vient de devenir français.

Nul doute que pour Jean Bastié et tous les historiens, René Robert…

Francis Aupiais, défenseur des cultures africaines



En formation au grand séminaire des Pères Blancs, Francis Aupiais (1877 -1945) fait sa dernière année de théologie aux Missions Africaines et est ordonné prêtre le 29 juin 1902. Dès l'année suivante, il part en Afrique, au Dahomey tout d'abord, puis au Sénégal.
Toute sa vie, il se battra pour faire reconnaître la richesse des cultures africaines, leurs qualités humaines et leur morale.
Il fonde d'ailleurs une revue avec ses anciens élèves en 1925, intitulée
La Reconnaissance Africaine.

Le premier numéro présente l'ambition du père Aupiais : «arriver à dissiper l’équivoque par laquelle on fait une supériorité absolue de la différence qui existe entre l’état dit “civilisé” et l’état dit “primitif” au service du premier». Un autre souci est de «faire connaître les religions fétichistes, les coutumes du pays et de tout ce qui se rapporte à l’histoire locale ... de prouver que les indigènes possédaient un fond de sentiment et d’idéal élevé».
Second objectif : donner la parole aux jeunes Dahoméens qui assimilent la culture du colonisateur et risquent d’être déculturés.


De retour en France en 1926, il organise une exposition d’Art Nègre.
Tout en recueillant des fonds pour la grande église qu’il vient de commencer à Porto-Novo, il veut surtout montrer que les noirs sont tout aussi civilisés que les blancs, qu’ils ont un art différent mais bien réel.
Parallèlement, pour mieux maîtriser ses connaissances acquises sur le terrain, de 1926 à 1928 il fréquente à Paris l’Institut d’Ethnologie qui vient d’ouvrir ses portes. Il…

Victor Schoelcher et l’abolition de l’esclavage (1/2) : les Antilles françaises à l'aube de 1848


Lorsqu’on arrive par mer à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe, l’ambiance est immédiatement créée : l’avenue conduisant du débarcadère au centre-ville se nomme Victor Schoelcher et, à main droite, en face du bel Office du tourisme, la statue d’un esclave enchaîné le regard tendu vers le ciel rappelle le destin tumultueux des îles.

Victor Schoelcher ne fut jamais académicien ; plutôt considéré comme un agitateur, n’ayant produit aucune œuvre justifiant une telle cooptation, il ne reçut des honneurs que tardivement, après avoir obtenu l’abolition définitive de l’esclavage dans les territoires français, publiée au Journal Officiel de la Seconde République lors du gouvernement provisoire, le 27 avril 1848.

L’attitude générale de la France vis-à-vis de la traite et de l'esclavage, qu’elle fût Royaume, Empire ou République, fut ambiguë : il fallut s’y reprendre à deux fois pour obtenir la fin légale du trafic et du mode d’exploitation esclavagistes, à travers de sanglantes péripéties, qui entachent encore la relation de la métropole avec les Antilles.


La première abolition fut votée sans débats le 16 Pluviôse An II (4 février 1794) par les députés de la Première République. En fait, il avait été longuement débattu au préalable hors hémicycle, de ce projet, qui rencontrait à la fois beaucoup d’approbation morale et une forte opposition économique. Ce fut un désastre. Votée dans le tumulte révolutionnaire, obtenue grâce à des mouvements philanthropiques originaires d’Angleterre, elle était en contradiction totale avec les intérêts économiques du pays, fragilisé de surcroît, par les successifs aléas politiques.
Tous les philosophes se…

Victor Schoelcher et l’abolition de l’esclavage (2/2) : vie et oeuvre d'un abolitionniste

Victor Schoelcher est né le 22 juillet 1804 à Paris, faubourg Saint-Denis, dans une famille bourgeoise aisée et catholique. Son père (1766 - 1832) est porcelainier, à la tête d’une entreprise florissante. Il fait ses études au Lycée Condorcet, fréquente Hector Berlioz, rencontre Franz Liszt. Toute sa vie il restera un grand amateur de musique, et en exil en Angleterre, se fera spécialiste du prolifique Haendel. Il y croisera également Victor Hugo.


Son père l’envoie en 1828 (il a donc 24 ans), prospecter de possibles marchés, aux États-Unis, au Mexique, aux Antilles et à Cuba. Dans cette île aux mœurs hispaniques, il est horrifié par ce qu’il voit. Les Antilles françaises ne valent guère mieux. Il rentre en 1830, certes chargé de commandes, mais révolté.
Il se fait journaliste, essayiste, rejoint les mouvements abolitionniste, entre en Maçonnerie, voyage beaucoup notamment au Moyen Orient et en Afrique, rassemblant le maximum d’informations sur son sujet ; il visite le Sénégal, la funeste île de Gorée, les ports d’embarquements et leurs archives ; ce faisant, il accumule aussi toutes sortes d’objets et d’œuvres d’art.
Son père ne contrarie pas son inclinaison. En 1832, héritier de l’entreprise familiale, il la vend dès 1833 et se consacre à la politique. En 1847, c’est la « Société pour l’abolition de l’esclavage » dans laquelle il enrôle quelques célébrités politiques et intellectuelles.


Dès 1832, il milite…

Les Antilles à Paris, une exposition à la bibliothèque Mazarine

Phares de cette exposition : la première édition en 1614 de la narration de Bartolome de Las Cases, ou bien l’édition originale du Code Noir de 1688 . Cette collection existe depuis le Cardinal de Mazarin, c'est à dire depuis 1643, et elle s’est enrichie en 2003 du legs exceptionnel de Marcel Chatillon.



En 1635 la Guadeloupe et la Martinique deviennent françaises et en 1664 la Compagnie des Indes Occidentales est créée à l’initiative de Colbert. En 1685 le Code Noir est rédigé, rassemblant et harmonisant un ensemble de mesures déjà largement prééxistantes. En 1697 la France s’empare de l’ouest de Saint Domingue. Un siècle colonial passe avant qu’en 1788 soit créée, copiée sur la démarche britannique, la Société des Amis des Noirs, avant la première abolition de l’esclavage en 1794 par la Première République. Rétabli par Bonaparte en 1804 – pour d’évidentes raisons économiques – la question esclavagiste devient un épouvantable sujet de discordes et de règlements de comptes : on trouvera ainsi une correspondance entre le général Leclerc envoyé rétablir l’ordre et le fils ainé de Toussaint Louverture.

Le Congrès de Vienne interdira la Traite, mais celle-ci survivra plus ou moins clandestinement jusqu’aux alentours de 1865, bien que l’esclavage fut – dans les colonies françaises – définitivement aboli en 1848 . On trouvera aussi le premier texte de Victor Schoelcher (1804-1893) sur ce sujet, écrit en 1833.



Documents officiels, lettres privées, livres de bords, inventaires, travaux de tous ordres soigneusement répertoriés et conservés, cette exposition est une mine,…